La Chaire « Eaux et Territoires » - Fondation Rennes 1 présente ses travaux

L’année 2022 a été marquée par la problématique de la gestion de l’eau. La Chaire « Eaux et Territoires » - Fondation Rennes 1 travaille depuis trois ans sur ces questions avec Eaux du Bassin Rennais.

Une chaire au cœur de l’actualité

La Chaire « Eaux et Territoires » - Fondation Rennes 1 lancée en 2019 travaille depuis trois ans en collaboration avec les acteurs de l’eau du bassin rennais pour établir des modélisations prenant en compte les dernières avancées de la recherche sur le changement climatique. Elle pose les hypothèses qui influeront la gestion locale de l’eau : pluviométrie en pleine modification (étés plus secs et hivers plus pluvieux), influence de cette pluviométrie sur la qualité intrinsèque des cours d’eau, bassins et nappes phréatiques. Elle tente également d’apporter des éléments pour améliorer le pilotage des différents ouvrages acheminant l’eau à la population du bassin rennais.

Sécheresse 2022 : événement singulier ou futur de la gestion de l’eau ?

Alors que l’année s’achevait, la Chaire « Eaux et Territoires » - Fondation Rennes 1 présentait ses travaux le vendredi 16 décembre 2022. C’est dans une salle comble à l’Eclozr que Luc Aquilina, professeur à l’Université de Rennes et titulaire de la chaire, Ronan Abhervé tout récent docteur de l’université de Rennes*, Laurent Géneau et Michel Demolder pour Eaux du bassin rennais, ont présenté les travaux de la Chaire concernant la gestion de la politique de l’eau. Retour sur l'atelier ⤵

Modéliser pour mieux gérer
Conçues pour faire avancer les connaissances et accompagner l’innovation et les politiques publiques, les chaires de recherche et de formation de la fondation permettent de réunir pendant trois ans acteurs économiques et chercheurs autour d’une thématique ciblée. Mission accomplie pour la chaire « Eaux et territoires » - Fondation Rennes 1 dont les travaux ont abouti à la création d’un outil de modélisation de la ressource en eau à usage des gestionnaires et des élus. Objectif : anticiper, piloter, et assurer la continuité de l'alimentation en eau sur le territoire de Rennes Métropole, dans le contexte du dérèglement climatique. « Le caractère innovant de ces travaux tient à la dynamique de co-construction qui a été privilégiée avec les gestionnaires de l’eau tout au long des trois ans » a tenu à souligner en introduction Luc Aquilina.

Interconnecter pour sécuriser
Les chercheurs, et en particulier Ronan Abhervé, se sont intéressés à la spécificité du bassin rennais : un territoire qui va chercher l'eau assez loin, dans la Rance ou dans le pays de Fougères. Une autre particularité est l'utilisation des eaux de surface, c’est-à-dire celles qui sont prélevées dans les rivières ou les nappes peu profondes. « Dans cette configuration particulière - a expliqué Laurent Géneau - la stratégie des gestionnaires est double : d’une part maintenir la diversité des ressources et des équipements (barrage, forage, rivières), et aussi les interconnecter entre eux de manière à pallier toute défaillance ».

Les chercheurs ont identifié deux axes de développement au démarrage de la chaire :

  1. cartographier et comprendre le fonctionnement du système d’approvisionnement en eau potable ;
  2. développer une modélisation suffisamment souple pour qu’elle puisse répondre aux questions que se posent les gestionnaires de l’eau :
  • Comment ces ressources, barrages, forages pour les eaux souterraines vont-ils parvenir demain à remplir leurs fonctions ?
  • Peut-on optimiser la résilience du système d’approvisionnement actuel ?

Un système et une dynamique
Comme cela a été montré par des travaux antérieurs, l’augmentation des températures à l’échelle de la Bretagne est très nette depuis les années 1960 (plus 2 °C). À cela s’ajoute une diminution des précipitations. Ronan Abhervé précise le phénomène : « On a une évapotranspiration qui augmente à l'échelle mondiale et les précipitations sont aussi modifiées. Pour la Bretagne cette diminution affecte plus particulièrement la période de basses eaux, autrement dit la période estivale. Mais ce qu’on observe c’est surtout une modification des régimes de précipitations, c’est-à-dire que les pluies ne tombent plus de la même manière que dans les décennies passées. Cela perturbe le système d'approvisionnement en eau potable. Enfin la saisonnalité est aussi modifiée avec un allongement très net de la période estivale, un décalage de saisons dans le temps, avec des hivers qui commencent un petit peu plus tard et des étés qui commencent plus tôt ».

Transposées sur un ouvrage comme le barrage de la Chèze, ressource majeure pour l’alimentation en eau du bassin rennais, ces données ont un impact significatif. Ce barrage, classiquement, se remplit plutôt du début de l'hiver jusqu'au début du printemps, pour se vidanger ensuite. On observe non seulement des niveaux bas qui sont maintenant plus marqués, voire beaucoup plus pour cette année 2022, mais aussi un décalage dans la dynamique de remplissage et de vidange du barrage qui ne commence désormais à se remplir qu'à partir du mois de janvier.

photographie : niveau d'eau très bas au barrage de la Chèze

Le barrage de la Chèze est la principale source d’alimentation en eau potable du bassin rennais. Son volume varie habituellement de 8 à 14 millions de mètres cubes. Son niveau est descendu à 6 millions de mètres cubes à l’automne 2022 - (c) Arnaud Loubry - Rennes Métropole

Les chercheurs ont calibré leur modèle avec les données climatiques et géologiques réelles. Ils sont ainsi en mesure de simuler le fonctionnement du réseau hydrographique à l’échelle du bassin comme par exemple les probabilités d’intermittences des cours d’eau.  « Les temps de transfert de l’eau dans le milieu souterrain et les capacités de stockage de ce milieu sont des facteurs qui ont des répercussions majeures sur l'amplitude du traitement de la nappe, et donc aussi sur l'extension-contraction du réseau hydrographique » a précisé Ronan Abhervé.

Vers une juste distribution de l’eau
Les scénarios qui se dessinent ne sont pas nouveaux mais pour Laurent Géneau, « la récurrence des épisodes de sécheresse nous montre que les choses arrivent sans doute plus vite que ce qu’on imaginait ». Si le travail réalisé et notamment la modélisation du remplissage du barrage de la Chèze va permettre aux gestionnaires d’optimiser le pilotage des ressources, l’autre défi posé aux décideurs va consister à maîtriser la consommation de cette ressource et à préserver sa qualité. Dans un contexte d’accroissement du solde naturel de la population et d’augmentation du besoin d’eau potable, il s’agit d’activer tout un ensemble de leviers : travailler auprès de l’ensemble des usagers sur la réduction de la consommation, protéger la qualité de la ressource, restaurer les zones humides, entretenir et dimensionner les équipements. « Des actions qui mobilisent tout un ensemble de politiques publiques » a expliqué Laurent Géneau, et de préciser « À horizon 2035, on a besoin de 3,8 millions de mètres cube d’eau supplémentaires aux 25 millions produits aujourd’hui ». Pour cela les gestionnaires tablent sur la sobriété des usagers : « notre objectif c’est d’accueillir 20 000 habitants de plus sur notre territoire, tout en ne prélevant pas davantage d'eau qu'aujourd'hui, ce qui revient à réduire de 15% la consommation d’eau par habitant sur la métropole » a-t-il précisé.

Pour conclure, Michel Demolder a tenu à souligner l’intérêt pour les élus du territoire de pouvoir s’appuyer sur l’expertise scientifique pour partager et faire avancer la connaissance sur ces enjeux : « un dialogue essentiel pour permettre de prendre les bonnes décisions ».

* Ronan Abhervé a réalisé sa thèse dans le cadre de la chaire et soutenu celle-ci le 12 décembre dernier.
Titre de la thèse : « Intégration du changement climatique dans la gestion de la ressource en eau : exemple du bassin rennais »

Directeur : Luc Aquilina (hydrogéologue, professeur Université de Rennes - chercheur au laboratoire Géosciences)
Codirecteurs : Jean-Raynald de Dreuzy (directeur de recherche CNRS) et Stéphane Louaisil (Responsable du pôle Production – Qualité Eau et Énergie à la Collectivité Eaux du Bassin rennais)

 

Carrefour des gestions locales de l'eau 25 & 26 janvier 2023

La problématique de l’eau reste prégnante en ce début d’année 2023. Les niveaux se reconstituent petit à petit mais requièrent une grande attention de ses acteurs. Les 25 et 26 janvier se dérouleront les Carrefours des gestions locales de l’eau au parc des expos à Bruz : l’occasion de (re)découvrir les travaux de la chaire si vous avez manqué l’atelier du mois de décembre (conférence le 25 janvier 2023 à 10h30) ou d’approfondir ce sujet par les nombreuses contributions des acteurs locaux de l’eau présents lors de ces deux journées.